Les masseurs kinésithérapeutes participent, comme bien d’autres professionnels de santé, au maintien à domicile de personnes âgées dépendantes. Ces dernières seront, dans les années à venir, de plus en plus nombreuses, et la Cour des Comptes s’est interrogé sur le phénomène.

Les personnes âgées dépendantes, un maintien à domicile de plus en plus fréquent ?

En juillet 2016, la Cour des Comptes a publié un rapport au titre évocateur « Le maintien à domicile des personnes âgées en perte d’autonomie, une organisation à améliorer, des aides à mieux cibler. » Ce sont les perspectives démographiques, qui sont à l’origine de ce rapport, puisque les magistrats soulignent que la population, âgée de plus de 80 ans, devrait atteindre 8.4 millions et ainsi doubler entre 2010 et 2060. Cette croissance démographique impliquera une augmentation conséquente des personnes âgées dépendantes, impliquant un renforcement des soins dispensés dans le cadre de l’hospitalisation à domicile (HAD).

Au vu de ses données, la Cour des comptes a ensuite collecté les informations relatives aux attentes et aux désirs de ces personnes âgées dépendantes. Leur ambition reste semblable à celle constatée dans l’ensemble de la population française, à savoir qu’ils souhaitent, pour 90 % d’entre-eux, terminer leur vie dans leur domicile. Dans ce contexte, il apparaissait utile et nécessaire d’étudier cette situation, qui concernera près de 2.5 millions de patients à l’horizon 2060. L’étude est d’autant plus importante sur le plan de la collectivité, qu’il faut ajouter à ces patients les familles et l’entourage. Ces proches apparaissent non seulement concernés par la situation mais également mobilisés, puisqu’ils constituent, en outre, la grande majorité des aidants.

Les masseurs kinésithérapeutes, confrontés à l’augmentation sensible des personnes âgées dépendantes

Comme tous les professionnels libéraux de santé, les masseurs kinésithérapeutes sont (et ils le seront davantage encore dans les années à venir) sollicités pour permettre ce maintien à domicile. La Cour des Comptes souligne, en la matière, la multiplication des structures de HAD, rendant le dispositif peu connu et peu compréhensible tant de la part des patients et de leur famille qu’en ce qui concerne les médecins prescripteurs notamment.

L’une des principales recommandations de ce rapport vise à simplifier l’offre de soins dispensés par les structures de HAD, afin d’en optimiser le coût. En effet, ce dernier doit être maitrisé pour ne pas devenir problématique. Le rapport établit ainsi qu’en 2011, le coût des prises en charges des personnes âgées en perte d’autonomie est chiffré à 10.1 milliards d’euros : 4.7 milliards de la Sécurité Sociale, 4.2 milliards pour les départements et collectivités locales, 0.3 milliard pour l’Etat. Les patients et leur entourage doivent alors prendre en charge les 0.9 milliard restant.

 Vers une généralisation de l’hospitalisation à domicile ?

Cette problématique des dépenses amène la Cour des Comptes à recommander un développement encore plus important de l’hospitalisation à domicile. Cette recommandation doit alors s’effectuer tout en s’efforçant de « favoriser le regroupement de ces structures. », au détriment des soins de ville, que la Cour des Comptes estime moins efficace en termes économiques sans pour autant se pencher sur l’efficacité médicale.  Les masseurs kinésithérapeutes, comme les autres professionnels libéraux de santé, sont donc invités à préférer la voie du travail en équipe au sein d’une structure de HAD, plutôt qu’à développer l’activité de leur cabinet. Si la solution a le mérite de poser un cadre pour un phénomène, qui devrait gagner de l’ampleur dans les années à venir, les principales interrogations sur l’organisation de ces structures n’ont toujours pas obtenu, à ce jour, de réponses précises et pratiques.

Et plus le temps s’écoule, plus le constat du rapport se fait pressant, imposant une adaptation rapide tant pour les masseurs que pour tous les intervenants médicaux ou paramédicaux. Un autre rapport sera-t-il nécessaire avant de prendre (enfin) les décisions qui s’imposent ? Et la question de la revalorisation budgétaire des soins dispensés dans le cadre de la HAD sera-t-elle prise en compte devant le mécontentement de tous les professionnels libéraux de santé (masseurs, infirmières libérales, …) ?

Et vous, travaillez-vous dans une structure de HAD ? Quelles seraient, selon vous, les principales décisions à prendre pour améliorer le fonctionnement de ces structures ?