Naturellement, les patients citent les massages lorsqu’il s’agit d’énumérer les soins prodigués par les kinés libéraux et hospitaliers. Pourtant, depuis quelques années, les massages ne relèvent plus de la seule compétence des masseurs kinésithérapeutes. Et cette libéralisation du marché des massages,  décidée pour clarifier une situation complexe, n’a pas permis à ce jour de poser des règles simples et compréhensibles par toutes et tous.

Les massages, une lente évolution liée aux compétences des masseurs kinésithérapeutes

Bien que les massages fassent partie des soins prodigués par les kinés libéraux et hospitaliers, ils ne leur sont plus exclusivement réservés. Il aura fallu attendre la loi de modernisation de notre système de santé de janvier 2016 pour que le monopole des kinés disparaisse en la matière. Il faut dire, qu’avant cette date, de nombreux procès étaient initiés devant les juridictions compétentes par des kinés libéraux mais aussi par l’ordre national des masseurs kinésithérapeutes. Il s’agissait de dénoncer l’exercice illégal de la médecine, dès lors qu’un Institut, une esthéticienne ou toute autre personne (morale ou physique), proposait des massages sans avoir le diplôme d’Etat de Masseur Kinésithérapeute.  Ainsi, avant l’entrée en vigueur de cette loi, l’article L 4321-1 du Code de la Santé publique expliquait : « la profession de masseur-kinésithérapeute consiste à pratiquer habituellement le massage et la gymnastique médicale. « 

Pour faire droit aux nombreuses demandes mais aussi pour clarifier la situation des kinés vis-à-vis de ce massage, le même article, corrigé par la loi de 2016, se contente de définir plus précisément la masso-kinésithérapie en ne ciblant plus les massages : « La masso-kinésithérapie consiste en des actes réalisés de façon manuelle ou instrumentale, notamment à des fins de rééducation, qui ont pour but de prévenir l’altération des capacités fonctionnelles, de concourir à leur maintien et, lorsqu’elles sont altérées, de les rétablir ou d’y suppléer. Ils sont adaptés à l’évolution des sciences et des techniques. »

Cette précision de la nouvelle législation, utile sans être réformatrice pour les kinés libéraux notamment, a cependant autorisé des personnes, non titulaires du diplôme de masseur kinésithérapeute, à proposer des massages bien-être et relaxation, sans que l’on puisse aujourd’hui le leur reprocher.

Quelles différences entre le massage bien-être et le massage du kiné libéral ?

Si la loi de modernisation du système de santé ambitionnait d’apaiser les relations entre les masseurs kinésithérapeutes d’une part et les autres spécialistes du « massage » d’autre part, elle ne simplifie pas la compréhension de cette technique proprement dite, que ce soit par les professionnels eux-mêmes ou par les clients. Certes, les textes de loi, mais aussi la jurisprudence, réservent « les massages ayant pour but d’agir sur les capacités fonctionnelles des patients » aux seuls masseurs kinésithérapeutes. Quiconque proposerait un tel massage sans pouvoir justifier de son titre professionnel pourrait alors être poursuivi pour exercice illégal de la médecine ? En revanche, la notion même de massage bien-être ou relaxant reste vague et imprécise, puisqu’il est expliqué que ces massages doivent viser au mieux-être de la personne (on ne parle bien évidemment plus de patients). C’est ce qu’a tenté d’expliquer Marisol Touraine, Ministre de la Santé à l’époque, aux députés de l’Assemblée Nationale, en juillet 2016 : « L’article 123 de la loi de modernisation de notre système de santé a précisé la définition de la profession de masseur-kinésithérapeute […]. Ces nouvelles précisions, concertées avec les professionnels, ont eu pour effet de supprimer la notion de « massage » de la définition de la profession de masseur-kinésithérapeute […]. Le massage non thérapeutique dont l’objectif premier est d’apporter un bien-être à la personne, pourra être réalisé […] par un professionnel qui ne dispose pas du titre de masseur-kinésithérapeute ».

La confusion, qui persiste encore aujourd’hui mais en dehors des prétoires et des tribunaux, réside en grande partie dans le fait que la profession de masseur bien-être ne soit pas une profession réglementée.

Le massage bien-être, un danger pour les kinés libéraux ou une opportunité de diversifier son activité ?

Contrairement au massage du kiné libéral, le massage bien-être n’est pas prescrit médicalement mais résulte bien d’une envie de chacune et chacun. Et en la matière, un récent sondage a mis en évidence que près d’un français sur 5 s’est déjà fait masser et/ou se fait masser régulièrement. Cela a attisé les « vocations », et on constate, depuis 2016, une augmentation importante du nombre de masseurs bien-être en France. Qu’ils exercent en tant que professionnel libéral ou au sein d’un Institut de relaxation ou de beauté, ces nouveaux acteurs sur le marché du massage ne sont pas soumis à une législation particulière. Deux fédérations tentent bien d’encadrer cet essor et de limiter les dérives éventuelles, mais à ce jour aucune réglementation n’est prévue pour venir sécuriser un secteur en plein développement. Ces « masseurs bien-être » sont les premiers à demander l’adoption d’une réglementation plus contraignante, afin de gagner en crédibilité.

C’est d’autant plus vérifiable, quand on constate la diversité étonnante des massages : massage californien, coréen, hawaïen, suédois, chinois, … Cette multiplication des types de massages rend le marché très concurrentiel, ce qui plaide un peu plus pour une réglementation de ce secteur d’activité. Les kinés libéraux mais aussi dans une moindre mesure, les esthéticiennes, qui ont pendant longtemps été les principales « concurrentes » des premiers, contribuent eux-aussi à cette concurrence. (Cette opposition historique entre kinés libéraux et esthéticiennes avait permis à ces dernières de se voir autorisées à effectuer des modelages, une technique relaxante qui a permis, pendant des années, de masquer le terme même de massage des cartes des soins proposés par les Instituts de beauté). Ainsi, certains kinés libéraux peuvent proposer, eux-aussi, des massages bien-être, qui ne sont donc plus considérés comme des actes « médicaux » mais bien comme une activité annexe du masseur kinésithérapeute. Les kinés libéraux, s’ils peuvent proposer ce type de massages non encadrés par la loi, sont les seuls à pouvoir s’appuyer sur une formation reconnue pour identifier d’éventuels troubles fonctionnels.

On comprend bien les ambitions des autorités publiques, qui ont voulu rendre plus lisible et compréhensible l’offre de massages en France avec la loi de 2016. Cependant, la situation au quotidien souligne bien que la réalité est bien différente des objectifs poursuivis, et que plus que jamais, le massage englobe d’innombrables réalités, bien différentes les unes des autres.

Et vous, que pensez-vous de cette nouvelle législation sur les massages et sur les compétences des kinés libéraux ? Estimez-vous que les nouvelles règles ont été bénéfiques ou préjudiciables aux kinés libéraux ? Pourquoi ?