Les relations entre les kinés et les chiropracteurs ne devraient pas être détendues dans les semaines et les mois à venir. Une nouvelle réglementation a fait réagir vivement les kinés libéraux et/ou hospitaliers, qui attendent des éclaircissements de la part du Ministère de la santé.

La kinésithérapie libérale ou hospitalière, des professionnels de santé avant tout !

Professionnel de santé, profession paramédicale, auxiliaires de santé, …. Comme bien d’autres professions, les masseurs kinésithérapeutes libéraux ont été pendant des années affublés de qualificatifs aussi divers que variés. Toujours est-il, qu’aujourd’hui, les kinés libéraux ou hospitaliers sont reconnus, légalement parlant, comme des professionnels de santé. Leur pratique est régie par le Code de la Santé Publique, et il existe un ordre des masseurs kinésithérapeutes, qui assure la tutelle du Code de déontologie de la Profession. En résumé, s’installer comme kiné libéral implique le respect de toutes ces règles et obligations. Il est naturel de souligner, que ces règles en général et le Code de déontologie des masseurs kinésithérapeutes a aussi pour mission de protéger les patients contre les éventuelles dérives ou encore contre le développement de pratiques inappropriées.

On remarquera, que c’est en raison de cette définition de leur profession comme étant une profession de santé, que les masseurs kinésithérapeutes portent des revendications à l’égard du Ministre de la Santé, leur ministère de tutelle. Sans émettre de jugement de valeur, nous ne pouvons que constater que les chiropracteurs, comme les ostéopathes, ne disposent, quant à eux, d’ordre professionnel et ne sont pas considéré comme des professionnels de santé.

Quand les kinés libéraux se font « concurrencer » par d’autres professionnels !

Cette différence de statut entre les kinés libéraux d’une part et les ostéopathes ou les chiropracteurs d’autre part n’empêchent pas que ces professionnels puissent se concurrencer au quotidien. L’installation d’un kiné libéral et d’un ostéopathe au sein d’une même maison de santé pluriprofessionnelle a même récemment interrogé la profession.  Parce qu’ils ne sont pas considérés comme des professionnels de santé, les chiropracteurs mais aussi les ostéopathes ne sont pas soumis aux mêmes règles qui s’appliquent aux kinés libéraux comme aux médecins.

Pour les patients, se repérer est devenu difficile tant les disciplines se multiplient : Fasciathérapie, kinésithérapie, chiropractie, kinésiologie, ostéopathie, réflexothérapie, …. Si la France ne reconnait que la masso-kinésithérapie, la chiropractie et l’ostéopathie, et seule la première est prise en charge par l’Assurance Maladie. Cela n’empêche, que les kinés libéraux peuvent être confrontés à la concurrence d’un ostéopathe et/ou d’un chiropracteur, installé sur la même zone géographique.

L’avenir de la masso kinésithérapie est-elle en jeu ?

La situation était déjà complexe et à l’origine de bien des différents entre les différents professionnels. Un nouveau texte vient jeter de l’huile sur le feu. En effet, le 15 mars 2018 (Bulletin Officiel n° 2018/2), un nouvel arrêté vient modifier les règles d’encadrement de la formation et de la pratique des chiropracteurs. Ce texte ouvre la possibilité à ces derniers de réaliser la presque totalité des actes de kinésithérapie, décision qui n’a pas manqué de faire réagir les masseurs kinésithérapeutes. Ce même texte avait été écarté en 2016 par la Ministre de Santé de l’époque suite à la mise en garde du Conseil National de l’Ordre des Masseurs Kinésithérapeutes (CNOMK).

Mme Pascale Mathieu, présidente du CNOMK, a adressé une lettre, en date du 29 mars, à Mme la Ministre de la Santé, pour condamner ce « passage en force » et en demandant : « il me semble indispensable de restaurer entre vos services et l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, qui comporte en son sein 93 000 kinésithérapeutes, la confiance, mais surtout le respect nécessaires à des travaux destinés à assurer la qualité des soins et la sécurité de nos concitoyens. «

D’autres kinésithérapeutes soulignent, qu’en transférant des actes de kinésithérapie vers des professionnels, dont les soins ne sont pas pris en charge, on pourrait croire que les motivations financières ont eu le dessus sur les préoccupations de santé publique.   Toujours est-il, que la tension ne devrait pas retomber, en attendant que le Ministère de la Santé éclaircisse sa volonté et ses ambitions.

Et selon vous, quelle est la motivation profonde d’une telle décision ? Menace-t-elle, selon vous, la masso-kinésithérapie telle qu’elle se pratique en France ?