Quelques années ont suffi pour transformer la fastidieuse étape de la prise de rendez-vous auprès de son kiné libéral en un geste simple et rapide, accessible en quelques clics. Mais les plateformes de mise en relation entre les professionnels de santé d’une part et les patients d’autre part ne représentent-elles pas une menace pour le système de santé en France ?

Les applications digitales au service de la prise de rendez-vous pour les kinés libéraux

Nous avons récemment souligné les atouts des plateformes, qui proposent au kiné libéral comme à tout professionnel de santé de mieux organiser leur emploi du temps. Les plateformes de mise en relation entre les kinés libéraux et leurs patients se multiplient depuis plusieurs années, et les professionnels de santé sont de plus en plus nombreux à céder aux avantages, qui sont mis en avant. Les professionnels et les patients sont satisfaits en général de ces nouveaux services, comme vous nous l’avez fait savoir en réaction à la publication du précédent dossier d’EasyKiné. Bénédicte confirmait cet attrait en nous écrivant : « Très pratique, pas d’attente au téléphone et on peut choisir plusieurs dates puis les supprimer. Il est vrai que pour un rdv urgent nécessite une communication téléphonique ».

Cela a été l’occasion cependant de pointer quelques pistes d’amélioration, notamment en ce qui concerne les prises de rendez-vous en urgence, ou les demandes atypiques ne rentrant pas, par définition, dans les cases prédéfinies par ces plateformes. Mais d’autres griefs apparaissent ici et là contre ces applications du genre Doctolib, et les kinés libéraux, comme les autres professionnels de santé concernés, commencent à pointer du doigt certains dangers ou certaines dérives, engendrées par ces nouvelles formes de prises de rendez-vous.

Le contact humain, une autre mission confiée aux kinés libéraux

Bien que ces plateformes évitent à tout un chacun de devoir attendre longtemps avant qu’un kiné libéral ou une secrétaire ne réponde au téléphone, elles rendent aussi cette prise de rendez-vous moins « humaine ». Il n’y a plus aucun contact entre le kiné libéral et son patient avant la séance de soins. Comme Jean-Bernard, qui écrivait «  Et le contact humain dans tout ça ? », ils sont de plus en plus nombreux les kinés libéraux comme les patients à regretter cette relation humaine, qui permettait de « faire le point » sur l’état de santé du patient mais aussi sur sa situation générale.

Mais l’aspect humain n’est pas le reproche le plus important, qui est fait à ces plateformes de prises de rendez-vous chez le kiné libéral come chez le médecin. La collecte, la sauvegarde et l’utilisation des données des patients représentent une autre problématique. Si ces plateformes se défendent d’utiliser les données saisies par les utilisateurs, certains kinés libéraux et d’autres professionnels de santé commencent à s’alarmer de la situation.

Un danger potentiel pour les patients et pour les kinés libéraux

Pourtant, selon la législation en vigueur, ces plateformes ne sont pas autorisées à utiliser les données des patients, et des règles strictes ont été édictées pour se prémunir de certaines dérives. Cela n’a pas empêché un médecin généraliste de s’indigner du succès de Doctolib et consorts en expliquant que  « souscrire à un service de rendez-vous en ligne commercialisé par une société tierce est une forme de violation du secret médical. C’est amener les patients à entrer dans un outil statistique dont on ne maitrise ni les tenants ni les aboutissants. C’est livrer une partie de leurs vies médicales à un tiers ».Bien que cette position puisse être jugée comme alarmiste, elle prend encore plus de poids, à une époque où l’Intelligence artificielle et le Machine Learning ont propulsé de telles applications dans une nouvelle ère.

Si la question pourrait à priori sembler ne concerner que les patients, les kinés libéraux peuvent eux-aussi s’inquiéter des dérives possibles à plus ou moins long terme. Les plateformes de mise en relation se constituent d’immenses bases de données, qui pourront être utilisées par la suite. La question du libre choix du patient se posera dès lors que ces plateformes réussiront à anticiper les besoins des patients. Cela ne représente-t-il pas une menace de concurrence déloyale, dans la mesure où ces plateformes seront devenues incontournables pour trouver un rendez-vous chez un kiné libéral. Le professionnel de santé n’aura alors pas d’autres possibilités que de souscrire à un abonnement auprès de ces centrales de réservation. C’est encore aujourd’hui une menace hypothétique, mais tous les outils existent désormais pour qu’elle se transforme en une réalité bien difficile à vivre pour tous les kinés libéraux.

Et vous, avez-vous conscience de la menace que représente ces plateformes de mises en relation ? Estimez-vous qu’elles répondent à une tendance de fond, ou pensez-vous, au contraire, qu’il est essentiel de limiter leur développement ?