C’est une initiative régionale, qui incite à se poser une telle question. En voulant lutter contre les déserts médicaux notamment, la région de Normandie (mais elle n’est pas la seule) a multiplié par 25 les frais de scolarité d’un IFMK. Cela ne sera-t-il pas contreproductif, en incitant les kinés libéraux à vouloir rembourser le plus rapidement possible, quitte à s’installer dans des zones déjà sur-dotées ?

Quand se former pour devenir kiné libéral devient très très cher !

La formation des médecins et plus généralement les études dans la filière de santé ont fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. L’annonce de la suppression du numerus clausus pour les médecins, l’affichage de l’ambitieuse volonté de réformer toute la filière de formation des professions médicales et paramédicales n’y sont pas étrangères. Toujours est-il qu’en cette rentrée 2018-2019, les étudiantes et étudiants en masso kinésithérapie font la découverte de mesures, qui peuvent être jugés comme incompréhensibles. Pour mieux le comprendre, il faut, par exemple, se déplacer du côté de la Normandie et plus précisément dans la Rouen. L’Institut de formation en maso-kinésithérapie  (IFMK) de la ville en a surpris plus d’un en appliquant une décision, votée à l’unanimité il y a quelques semaines. Ainsi, les frais de scolarité de cet IFMK sont passés en quelques jours de 185 € à 4.700 € Des frais de scolarité multipliés par 25, voilà qui ne laisse personne indifférent, et qui plonge les étudiantes et étudiants dans une certaine perplexité.

Les frais de scolarité ont toujours été inégaux en fonction des régions et même au cœur d’un même département. Cependant, comment justifier et comprendre une hausse aussi importante pour un Institut de formation, qui restait, jusque-là, présenté comme l’un des plus accessibles de l’Hexagone.

Considérer la formation des kinés comme un investissement sur l’avenir

Officiellement, la Région a pris cette mesure pour harmoniser les frais de scolarité entre les 3 instituts régionaux. En effet, outre l’IFMKR, les étudiants peuvent préférer se former à La Muse (Evreux) ou encore à l’IFRES d’Alençon. Chaque étudiant en maso kinésithérapie doit payer les mêmes frais de scolarité si il choisit la Normandie comme lieu de formation. L’idée peut être louable et défendable, et les élus ont donc décidé de se baser sur les frais de scolarité de La Muse d’Evreux. Cette décision a amené la direction de l’IFRES d’Alençon de revoir ses tarifs à la baisse puisqu’ils sont passés de 5800 euros par an à 4700 € donc.

Mais la volonté d’uniformisation n’explique pas tout, et la Région explique aussi que cette mesure doit permettre de lutter contre la pénurie de masseurs kinésithérapeutes en milieu hospitalier mais aussi contre la désertification médicale dans certains secteurs. Ainsi, les étudiants, qui acceptent de s’engager dans la voie hospitalière ou qui décident de s’installer en tant que kiné libéral dans des zones sous-dotées, se verront proposer un « contrat d’engagement ». Même si ce contrat d’engagement reste à préciser et à détailler, il consistera, à en croire les élus de la Région, à rembourser l’ensemble des frais de scolarité aux candidats et candidates l’acceptant. C’est donc bien un remboursement à posteriori, qui est proposé aux futurs kinés, et cette manière de faire laisse perplexe un grand nombre d’étudiants.

Des études pour devenir kiné libéral, ou des études en masso-kinésithérapie !

Les étudiants de l’IFMK de Rouen se sont déjà fait entendre et ils ambitionnent de poursuivre leurs actions dans les semaines à venir. Pour eux, cette multiplication des tarifs par 25 oblige les étudiants à choisir entre :

  • Souscrire un emprunt bancaire et ainsi accepter de commencer leur vie active avec une charge plus importante que prévue à rembourser
  • Trouver un « travail d’étudiant », dont les horaires sont difficilement compatibles avec une telle formation. L’assiduité et la réussite aux examens sont alors en danger si on écoute les principaux concernés.

Si la région de Normandie réussira, à n’en pas douter, à attirer des kinés libéraux mais aussi à recruter des masseurs kinésithérapeutes dans ses hôpitaux, ne risque-t-elle pas d’aggraver une situation déjà tendue ? L’étudiant en masso kinésithérapie ne sera-t-il pas tenté de se lancer dans l’installation en libéral dans une zone déjà bien pourvue, au seul prétexte de pouvoir rembourser plus rapidement l’emprunt qu’il a souscrit ? Ces questions se posent et restent à ce jour sans réponse, rendant la Réforme de la formation du milieu médical et paramédical encore plus urgente.

Et vous, pensez-vous que cette mesure soit une réponse adaptée aux problématiques de démographie des kinés libéraux et hospitaliers ? Quels seraient, selon vous, les mesures à privilégier ?