On est peu habitué à entendre parler de philosophie lorsque l’on évoque la kinésithérapie. Pourtant, le quotidien et l’avenir des masseurs kinésithérapeutes passent aussi par une réflexion plus poussée, notamment lorsqu’il s’agit de répondre aux attentes et besoins des patients.

Les masseurs kinésithérapeutes et leurs patients, une relation plus directe !

C’est dans le cadre flamboyant du Grand Palais, que le Conseil National de l’Ordre des Masseurs Kinésithérapeutes avait organisé, le 21 septembre dernier, un colloque dont le thème central avait été clairement défini : Optimiser et décloisonner l’offre de soins autour du patient. Osons l’accès direct.

Plus de 300 participants ont donc pu échanger sur l’accès direct des patients auprès des masseurs kinésithérapeutes. Si toutes les problématiques liées à ce sujet ont pu être abordées (de la formation des kinés libéraux pour faire face à cet accès direct à l’étude de la situation d’autres pays), le colloque a permis de revenir sur une des conséquences de la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016. Cette dernière a en effet rendu possible, dans le cadre de l’urgence, l’accès direct au cabinet de kinésithérapeutes libéraux. Garantir la qualité des soins et la sécurité des patients par une formation spécifique mais aussi s’interroger sur le cadre légal et déontologique, posé par cet accès direct, furent les deux sujets, qui concentrèrent l’attention des participants à ce colloque. Les interventions de nombreux experts permirent d’aller plus en avant et de réfléchir à la question de la démographie des masseurs kinésithérapeutes (les déserts médicaux ne représentent-ils pas un obstacle insurmontable à cet accès direct ?) mais aussi de la nécessaire coordination entre les kinés libéraux et les autres acteurs de notre système de santé.

Les masseurs kinésithérapeutes libéraux, des artistes ou des soignants ?

C’est à cette occasion, que le philosophe Raphaël Enthoven a pu dévoiler sa propre réflexion autour de cette thématique. Pour introduire ses propos et séduire un auditoire attentionné, le philosophe a commencé : « Si la médecine était une science exacte, vous n’y auriez pas votre place, mais si la médecine est un art, alors, vous en êtes les maîtres. ». Il ne s’agissait pas de flatter l’orgueil des masseurs kinésithérapeutes, mais de s’interroger sur l’essence même des soins. Pour la kinésithérapie comme pour toutes les autres disciplines médicales, les soins n’existent que pour répondre aux maladies et aux malades. La question de la relation avec le patient devient donc centrale et même essentielle selon R. Enthoven. L’art du masseur kinésithérapeute d’un côté et la vie du patient de l’autre, voilà un aspect des soins, qui s’impose comme majeur dans la relation patient / soignant. L’aspect relationnel avant les aspects plus pragmatiques, plus « scientifiques » des soins prodigués, voilà la quintessence des propos du philosophe, qui s’appuyèrent sur de nombreuses citations pour illustrer une réflexion parfaitement en rapport avec la thématique du colloque.

Les masseurs kinésithérapeutes, des interprètes des maux de leurs patients ?

Si l’évocation de cette relation soignant / soigné aurait pu s’adresser à tous les professionnels de santé, le philosophe s’est recentré, dans une seconde partie, sur les masseurs kinésithérapeutes. N’est-ce pas ce qu’il souhaite en affirmant : « C’est par des disciplines comme la vôtre que la médecine peut grandir et croître en prenant acte de cette dimension, c’est-à-dire en acceptant de n’être pas une science mais un art. Penser la médecine comme un art, et non comme une science, a des conséquences éthiques considérables. La première d’entre elles, c’est précisément considérer que l’essentiel de la relation se situe dans le toucher. »

Ce toucher, plus spécifique aux masseurs kinésithérapeutes qu’aux autres professions de santé, permet, selon le philosophe, de mieux interpréter les maux mais aussi l’état du patient. Rejetant l’idée que les masseurs kinésithérapeutes ne seraient que de simples « auxiliaires de santé », le discours a permis ensuite d’élargir le débat, en l’ouvrant à des questions plus concrètes et moins philosophiques. Néanmoins, cette entrée en matière aura eu le mérite de souligner la singularité de la profession par rapport aux autres professions libérales de santé. Aura-t-elle permis d’apporter des réponses pertinentes à toutes les questions posées par l’accès direct au kinésithérapeute ? Ce n’est pas certain, mais l’objectif ne résidait pas là.

Et vous, que pensez-vous de cette relation singulière entre le masseur kinésithérapeute et son patient ? Vous reconnaissez-vous lorsque l’on évoque les kinés comme des artistes et non comme des scientifiques ?