Le bilan diagnostic kinésithérapique, plus connu sous son acronyme BDK par les kinés libéraux, fait encore couler beaucoup d’encre. Qu’il s’agisse des moyens pour l’élaborer ou des règles à suivre pour le facturer, ce BDK suscite autant d’espoir qu’il n’est à l’origine de questions. Alors, essayons d’y voir plus clair.

Les masseurs kinésithérapeutes, des spécialistes des bilans en tout genre !

La profession même de kiné libéral ou hospitalier repose sur la réalisation de bilans, permettant de prendre en compte les multiples données nécessaires au traitement kinésithérapique. Le dossier kiné diffère du traditionnel dossier médical, dans la mesure où les informations, dont a besoin le kiné libéral, ne sont pas les mêmes que celles recherchées par un médecin généraliste notamment. Toujours est-il, que quelle que soit la forme qu’il prend, et le nom qu’on lui attribue, le bilan est un acte courant pour un masseur kinésithérapeute. Initial, il permettra de définir les objectifs et donc les suites thérapeutiques à prodiguer, intermédiaire, il mesurera l’efficacité des soins prodigués et permettra de les actualiser, alors que le bilan final garantira de conserver la trace des soins prodigués et des résultats obtenus.

Cependant, lorsque l’on évoque cette notion aux masseurs kinésithérapeutes, chacun pense alors plus directement au BDK, un acronyme pour Bilan Diagnostic Kinésithérapique. En théorie, ce bilan diagnostic kinésithérapique est obligatoire dès lors qu’un patient se voit prescrire au moins 10 séances de kinésithérapie. Le kiné libéral doit donc le réaliser lors de la première consultation, et éventuellement le renouveler si les séances devaient se multiplier (à 20 et 50 séances). Dans tous les cas, la réalisation mais aussi la facturation du BDK sont clairement et strictement encadrés notamment par la NGAP (Nomenclature Générale des Actes Professionnelles), qui stipule que « la réalisation du bilan kinésithérapique ou BDK est obligatoire pour tout traitement supérieur ou égal à dix séances ». Ce BDK est complété par des fiches de synthèse (initiale, intermédiaire, finale)

Le BDK, un acte à part entière pour le kiné libéral ?

Aux yeux des autorités publiques, le BDK est  un acte intellectuel du masseur-kinésithérapeute qui résulte du bilan proprement dit des déficits structurels et fonctionnels, enrichi d’un pronostic fonctionnel, d’objectifs et de propositions thérapeutiques. L’élaboration d’un BDK est enseignée aux étudiants et étudiantes, même si la réalité du  quotidien n’atteste pas d’une uniformité des pratiques. Pour le kiné libéral, le BDK représente certes un investissement en temps et en énergie mais il constitue le socle, à partir duquel les séances pourront se dérouler en fonction d’un programme adapté. C’est également un outil de communication utile pour échanger avec les patients d’une part mais aussi avec les autres professionnels de santé. L’un des objectifs affichés du BDK consiste à améliorer et renforcer la coordination entre les médecins traitants d’une part et les masseurs kinésithérapeutes d’autre part.

Pourtant, dans la réalité, le BDK n’est pas systématiquement facturé, même s’il est réalisé, sous une forme ou sous une autre,  dans tous les cas. Bien qu’il soit difficile de trouver des chiffres fiables sur le sujet, le taux de facturation des BDK (parfois très faible) ne doit pas être confondu avec le taux de réalisation. Ainsi, en 2006, la CPAM de Gironde n’enregistrait, en moyenne,  que 40 BDK par kiné libéral. Sur la période comprise entre le 1/07/2005 et le 30/06/2006, 62 % des kinés du canton de Libourne (33) n’avaient pas facturé de BDK. Cela atteste, que tous les kinés libéraux ne facturent pas, aujourd’hui encore, un bilan, ce qui ne signifie aucunement que ces BDK ne soient pas réalisés.

Enfin pour les pathologies soumises à référentiel, le kiné pourra demander un accord préalable pour poursuivre les séances en s’appuyant sur le BDK.

 La facturation du BDK au quotidien pour le kiné libéral

Les règles de facturation du BDK changent en fonction de la prescription initiale. Ainsi, pour la rééducation et/ou réadaptation fonctionnelle, le bilan diagnostic kinésithérapique sera réalisé et facturé ( AMS, AMK ou AMC 10.7) :

  • A la première séance
  • A la 30ème séance puis toutes les 20 séances supplémentaires

En revanche, l’établissement d’un BDK pour rééducation des conséquences des affections neurologiques sera facturé (AMK ou AMC 10.8) :

  • A la première séance
  • A la 60ème séance puis toutes les 50 séances supplémentaires

Depuis l’instauration du bilan diagnostic kinésithérapique, une incertitude inquiétait les masseurs kinésithérapeutes, incertitude liée à la date de facturation. Était-il possible de facturer le BDK dès la première séance, sans être assuré que le patient honorerait les 10 séances. La Cour de Cassation a clarifié la situation en juillet 2017, en autorisant cette facturation dès la première séance, ne faisant pas peser la responsabilité de la conduite de certains patients sur les épaules des kinés libéraux.

Les moyens et outils pour réaliser un bilan diagnostic Kinésithérapique

Plusieurs solutions s’offrent aux kinés libéraux pour réaliser ces bilans. Par définition, ils ne peuvent pas se faire oralement puisque le BDK est un document, qui doit pouvoir être consulté, modifié et partagé. En revanche, le kiné libéral peut décider de garder une trace manuscrite de son bilan. C’est certes la solution, qui demande le moins d’investissement mais qui est aussi la plus chronophage. Non seulement, le kiné libéral doit tout écrire, mais il devra aussi mettre en forme et reproduire ce bilan si il souhaite le partager avec d’autres professionnels de santé.

L’outil informatique reste cependant la solution la plus utilisée par les kinés libéraux. Même s’il existe certains modèles de BDK, le kiné libéral devra, au départ, consacrer un certain temps afin de créer les fichiers type qu’il utilisera par la suite. Ce sera, pour la suite,  un gain de temps appréciable, puisque la saisie se fera plus rapidement.  Cela nécessite néanmoins un investissement initial avec l’achat d’un ordinateur (portable ou de bureau) et une réflexion approfondie sur les sécurités à adopter quant à la confidentialité des données.

Enfin, chaque kiné libéral aura également la possibilité d’utiliser un logiciel spécifiquement créé pour la réalisation de BDK.  Il existe de nombreuses solutions, plus ou moins onéreuses et plus ou moins personnalisables.

Dans tous les cas, sur support papier comme sur support informatique, l’élaboration, la gestion et la conservation de ces bilans diagnostic kinésithérapique nécessitent une déclaration à la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté)

Toujours est-il, qu’aujourd’hui, des demandes de BDK type sont de plus en plus nombreuses de la part des kinés libéraux. Répondre à cette demande permettrait peut-être de généraliser un peu plus encore l’établissement de ces bilans, tout en répondant aux attentes des professionnels. Est-ce la voie, qui sera suivie ?

Et vous, facturez-vous systématiquement le Bilan Diagnostic kinésithérapique ? Comment l’établissez-vous, sur papier ou sur informatique ? Est-il devenu un support incontournable de votre quotidien ? Quelles seraient selon vous les pistes à privilégier pour en accroitre l’efficacité ?